Concevoir une stratégie numérique au service de l’autonomisation économique des femmes à Maurice
- Client : Expertise France
- Septembre 2024 - Décembre 2024 (3 mois)
- Mots clés : Faisabilité, Numérique responsable, Data, Administration numérique, et Stratégie
Le contexte
Le programme Lumin’îles, financé par l’Agence Française de Développement et mis en œuvre par Expertise France, vise à renforcer l’autonomisation économique des femmes dans l’océan Indien, notamment à travers le développement du secteur du care, la réduction des inégalités professionnelles et l’amélioration des politiques publiques d’égalité.
Dans ce cadre, Expertise France souhaitait évaluer plusieurs idées de services numériques destinés à accompagner ces objectifs :
- une application de formalisation des gardes d’enfants ;
- une plateforme destinée aux travailleuses du secteur du care ;
- une plateforme de partage de données sur l’égalité professionnelle ;
- un index numérique de mesure de l’égalité femmes-hommes dans les entreprises.
Numéricité a été mandaté pour déterminer si ces produits étaient réellement pertinents, techniquement faisables et susceptibles de produire un impact durable.
Le challenge
Le résultat
Réalisation d'une étude comparative des contextes numériques de Maurice, Madagascar et des Comores ;
Analyse approfondie des enjeux réglementaires, institutionnels, économiques, techniques et sociétaux de quatre projets numériques ;
Benchmark international de bonnes pratiques publiques dans le secteur du care (France, Togo, Inde, Côte d'Ivoire…) ;
Recommandations de gouvernance et d'architecture des futurs services ;
Proposition de scénarios alternatifs, parfois non numériques, lorsque ceux-ci apparaissaient plus pertinents ;
Feuille de route permettant à Expertise France de prioriser les investissements les plus porteurs d'impact.
Notre approche
Comprendre les réalités locales avant de proposer des outils numériques
La première étape de la mission a consisté à comparer les trois pays couverts par le programme : Maurice, Madagascar et les Comores.
L’étude a montré que les écarts de développement économique, d’accès au numérique, d’infrastructures et de maturité institutionnelle rendaient peu réaliste le développement d’une solution commune.
Numéricité a ainsi recommandé de concentrer les expérimentations sur Maurice, dont les infrastructures numériques, la couverture Internet et le cadre réglementaire étaient les plus favorables.
Évaluer chaque projet sous tous les angles
Pour chacune des quatre activités envisagées, une analyse de faisabilité a été conduite selon 6 dimensions complémentaires :
- technique ;
- organisationnelle ;
- institutionnelle ;
- économique ;
- socioculturelle ;
- financière.
Cette approche multidisciplinaire a permis d’aller bien au-delà d’une simple étude technique en intégrant les usages, les comportements des utilisateurs, les risques sociaux et les capacités réelles des institutions publiques.
Placer l’impact avant la technologie
L’un des enseignements majeurs de la mission est que le numérique ne constitue pas systématiquement la meilleure réponse à une politique publique.
Plusieurs projets initialement envisagés sous forme d’applications mobiles ont été réorientés vers des solutions plus simples :
- formulaires administratifs en ligne ;
- chatbots conversationnels ;
- partenariats avec des plateformes existantes ;
- campagnes d’information ;
- dispositifs d’incitation économique.
Cette démarche a permis de recentrer les investissements sur les besoins réels plutôt que sur les outils eux-mêmes.
Concevoir des politiques publiques appuyées sur la donnée
La mission a également porté sur les conditions de production de données fiables permettant d’éclairer les politiques publiques relatives à l’égalité professionnelle.
Numéricité a analysé différents modèles internationaux de collecte de données, en distinguant les approches obligatoires, volontaires et incitatives.
L’étude a insisté sur la nécessité de définir les indicateurs, les objectifs d’exploitation des données et la gouvernance avant tout développement technique, afin d’éviter la constitution de plateformes sans usages réels.
S’appuyer sur les meilleures pratiques internationales
Pour nourrir les recommandations, de nombreux dispositifs internationaux, notamment français, ont été étudiés :
- l’index Egapro français ;
- le Chèque Emploi Service Universel (CESU) ;
- Pix pour la certification des compétences ;
- les démarches proactives de l’administration togolaise ;
- différentes plateformes de mise en relation dans le secteur du care, notamment en Inde.
Ces comparaisons ont permis d’identifier les mécanismes réellement transposables au contexte mauricien et ceux nécessitant une adaptation profonde.
Concevoir des solutions soutenables
Au-delà de leur faisabilité technique, chaque scénario a été évalué selon :
- son coût de développement ;
- son coût d’exploitation ;
- ses conditions d’adoption par les utilisateurs ;
- sa gouvernance ;
- sa conformité au droit mauricien de la protection des données ;
- son impact réel sur les femmes concernées.
Cette analyse a conduit, dans plusieurs cas, à recommander de ne pas développer certaines applications tant que les prérequis institutionnels, économiques ou sociaux n’étaient pas réunis.
Valeur ajoutée de Numéricité
Cette mission est une preuve de notre capacité à accompagner les bailleurs internationaux et les administrations dans la conception stratégique de services publics numériques, en articulant expertise numérique, analyse des politiques publiques et évaluation de l’impact.
Nous ne considérons pas le numérique comme une finalité. Il n’est utile que s’il a un impact pour les usagers, les institutions et les politiques publiques. Si notre mandat consistait à étudier la faisabilité de ces services numériques, nous n’avons pas hésité à recommander de ne pas en développer certains. Ne pas encourager le lancement de projets dont la pertinence est incertaine est aussi important pour nous que la capacité à concevoir des outils.
