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Transformer les données géospatiales du Bénin en levier de politique publique

Le contexte

Le Bénin s’est engagé dans une trajectoire ambitieuse de transformation numérique, portée par le programme Smart Gouv, la Stratégie Nationale d’Intelligence Artificielle et des Mégadonnées (SNIAM 2023–2027) et une politique volontariste d’Open Data. Dans cette dynamique, la donnée devient un levier stratégique au service de la transparence, de l’innovation et du développement économique, notamment via des dispositifs nationaux comme le portail data.gouv.bj, animé par l’ASIN.

Pour autant, l’écosystème des Systèmes d’Information Géographique (SIG) reste marqué par une forte fragmentation : plusieurs plateformes (cadastre, GeoRisk, Géoportail IGN, etc.) ont été développées en silos, souvent dans une logique de projet et avec des financements ponctuels. Cette situation -reflétant une absence de réelle gouvernance, un manque d’harmonisation et une accessibilité limitée des données- génère une maintenance complexe, freine l’adoption et limite l’impact des SIG dans les politiques publiques de résilience.

Ce morcellement s’explique aussi par la multiplicité des acteurs impliqués (ministères sectoriels, directions techniques, IGN, opérateurs publics, collectivités locales…) dont les rôles et responsabilités sont difficilement articulés. En dépit de tout cela, le contexte est favorable à la structuration d’une stratégie SIG robuste : un cadre juridique sur l’ouverture des données publiques est en cours d’adoption, le schéma d’interopérabilité (basé sur X-Road) offre une base solide pour organiser les échanges interinstitutionnels et l’IGN doit jouer un rôle central et fédérateur (au prix de profondes transformations pour s’adapter a la nouvelle dynamique des SIGs).

C’est dans ce contexte que la Banque mondiale a mandaté une mission en mars 2025 afin d’éclairer la stratégie nationale SIG et de formuler des recommandations claires et opérationnelles, visant à renforcer durablement la gouvernance, l’interopérabilité et la valorisation des données géospatiales au Bénin. L’enjeu : converger vers un point d’entrée unique capable de fédérer les données et les usages.

Le challenge

Outiller l’État pour faire émerger une logique de plateforme autour des données géospatiales. Renforcer durablement la résilience des territoires et l’efficacité des politiques publiques en impliquant et valorisant l’ensemble des acteurs concernés

Le résultat

Un diagnostic à 360° des pratiques SIG et de la circulation des données, centré sur les “irritants” terrain

Une cartographie des acteurs et responsabilités, clarifiant les rôles entre institutions nationales, opérateurs et collectivités

Un inventaire des données socles (parcelles, bâtiments, réseau routier) et des données de résilience

Une analyse structurée selon le cadre Banque mondiale, autour de 4 axes : institutions, ressources humaines, données, systèmes

Des recommandations stratégiques et opérationnelles, assumant des choix forts pour sortir de la dilution des responsabilités

Des recommandations juridiques et techniques, sur l’ouverture des données, les standards, les protocoles d’échange et l’architecture des plateformes

Des recommandations de gouvernance, de financement et de montée en compétence, pour pérenniser la plateforme au-delà de la logique de projet

Une feuille de route actionnable à court terme, conçue pour renforcer la capacité du pays à maintenir, mutualiser et faire converger ses infrastructures SIG vers un point d’entrée unique : GéoBénin

Notre approche

Cette mission s’inscrit dans la conviction qui guide l’ensemble de nos interventions : la donnée n’a de valeur que si elle est gouvernée, maintenue, accessible et utilisée. La démarche était volontairement non académique : produire des recommandations opérationnelles immédiatement mobilisables, tout en tenant compte des capacités d’appui de la Banque mondiale et des réalités institutionnelles béninoises.

Une méthodologie incrémentale, inspirée du mode produit

Pour transformer des investissements technologiques en bénéfices socio-économiques durables, notre démarche a été conçue comme une approche incrémentale centrée sur les utilisateurs finaux et sur les irritants du quotidien.

  • Diagnostic initial

    Aux côtés de l’équipe projet de la Banque Mondiale, nos experts ont conduit un état des lieux rapide mais approfondi, basé sur une revue documentaire, des entretiens avec les ministères, collectivités, agences techniques et acteurs terrain, et sur l’analyse des initiatives existantes (PAPC, GeoRisk, Géoportail IGN, etc.).

  • Analyse des résultats et formulation des recommandations

    Ce diagnostic a permis d’identifier les freins à la production, à l’accès, à la circulation et à l’exploitation des données géographiques. Il a irrigué la formulation des recommandations, selon les quatre axes du cadre de la Banque Mondiale :

    • Institutions : clarifier la gouvernance et le cadre juridique

      Nous avons analysé les responsabilités institutionnelles, les rôles opérationnels et le cadre réglementaire existant, afin de proposer une gouvernance lisible et durable. L’enjeu : sortir d’une logique de projets empilés, et poser les bases d’un pilotage national cohérent.

    • Ressources humaines : renforcer les compétences et attirer les talents

      Avec moins d’une quinzaine de géomaticiens confirmés sur l’ensemble du territoire, le défi est aussi humain. Nous avons identifié les besoins en formation, les compétences clés à développer, et les mécanismes de reconnaissance nécessaires (grilles, profils, organisation) pour stabiliser une communauté de pratiques.

    • Données : inventaire, priorisation et ouverture progressive

      Nous avons cartographié les données socles indispensables (cadastre, bâtiments, routes) ainsi que les données à fort enjeu de résilience. Nous avons proposé des règles d’ouverture progressive (licences claires type CC-BY ou ODbL) et une articulation avec la stratégie nationale d’Open Data.

    • Systèmes : choisir un socle logiciel robuste, souverain et fédérateur

      Nous avons comparé les solutions disponibles, notamment GeoNode et Esri, et formulé une recommandation structurante : faire de GeoNode le socle logiciel fédérateur de l’infrastructure nationale, afin d’assurer interopérabilité, robustesse et souveraineté.

    Nous avons fait le choix de présenter des recommandations résolument tranchées, avec des partis pris forts. Dans un contexte où la dispersion des responsabilités et la dilution des priorités freinent la transformation, il est essentiel de privilégier des options stratégiques claires, quitte à susciter le débat. Ces recommandations ne visent pas seulement à rationaliser un écosystème technique : elles visent à créer les conditions d’une donnée utile, partagée et maintenue, au service de besoins très concrets. Les cas d’usage identifiés illustrent cet impact :

    • Protection sociale : mieux identifier les ménages vulnérables exposés aux risques climatiques pour cibler les aides.
    • Foncier : permettre aux citoyens de connaître l’exposition aux risques (inondation, etc.) pour une parcelle cadastrale donnée.
    • Économie / tourisme : valoriser le patrimoine et les territoires pour soutenir une filière stratégique, deuxième source nationale de devises.